La bibliothèque de la rue Fresque

Hélène Castanier enseigne l'histoire dans un lycée du centre-ville. Un mardi de février, elle est arrivée avec une photo prise au téléphone : quatre étagères de pin massif, démontées, posées contre un mur de son appartement de la rue Fresque, près des halles.

Les montants avaient gonflé à cause d'une fuite ancienne sous l'évier du voisin. Deux planches étaient fendues sur quinze centimètres, une troisième avait perdu son chant sur toute sa longueur, et la peinture blanche d'origine partait en écailles jusque sur les traverses basses, ce qui obligeait à reprendre chaque face visible plutôt que de se contenter d'un raccord discret, et elle voulait garder le bois, pas le remplacer.

Camille Vincent a repris les montants un par un à la varlope, puis collé les fentes à la colle d'os, sans mastic ni pâte à bois. Les étagères sont reparties à la fin du mois, avec deux traverses neuves en chêne récupéré et une finition à l'huile dure.

Aucune pièce n'a été remplacée par du neuf industriel. Ce qui a plu à Hélène : un devis de 340 euros, écrit, remis le lendemain par Nathalie Dubois.

La bibliothèque de la rue Fresque

Le comptoir du marché Jean-Jaurès

Karim Belkacem tient un stand de fromages au marché Jean-Jaurès, côté boulevard Gambetta. Il lui fallait une caisse de transport et un présentoir bas, assez solides pour supporter le passage quotidien, l'humidité des bâches et les empilements du vendredi matin.

Julien Martin l'a reçu un jeudi. Le cahier des charges tenait en trois lignes : frêne massif, assemblages à tenons et mortaises, piètement démontable pour tenir dans une camionnette.

Le présentoir mesure 1,20 m sur 60 cm, il est vernis à l'intérieur comme à l'extérieur, et il pèse 14 kilos. Deux caisses assorties ont suivi en mars, avec des poignées taillées dans la masse plutôt que vissées.

Karim a payé 610 euros pour l'ensemble. Il a dit une chose qui nous est restée : ce qu'il voulait, c'était réparable, pas jetable après trois saisons.

Le cercle de lecture de la placette

Trois habitantes du quartier des Arènes ont commandé un petit meuble de rangement pour la salle commune de leur immeuble, passage sous une arcade, juste après la placette. Le local fait 9 mètres carrés, il est humide en hiver, et le sol penche vers la porte d'environ deux centimètres au mètre.

Nous avons pris les mesures sur place un lundi matin, avec un niveau et un réglet, puis nous avons dessiné un caisson à quatre tablettes, calé par des patins réglables, et la commande a été signée le 14 avril pour 275 euros, livrée montée trois semaines plus tard dans la salle, sans que personne n'ait à reprendre la peinture du mur derrière.

Aucune vis n'a été posée dans la maçonnerie.

Ce que nous ne faisons pas

Il existe une liste claire de demandes que nous refusons, et il vaut mieux la lire avant de nous appeler. Nous ne réparons aucun véhicule, aucune carrosserie, aucune remorque, aucune coque de bateau.

Nous n'intervenons sur aucun circuit électrique du réseau, aucune installation gaz, aucune canalisation d'eau encastrée dans une cloison ou dans une dalle. Aucun appareil de froid ne passe par l'atelier : ni chambre froide, ni vitrine réfrigérée, ni climatiseur.

Un commerçant de la route d'Alès nous a demandé en 2022 de reprendre le bâti d'un meuble frigorifique ; nous avons dit non, et nous l'avons redit quand il a rappelé deux mois plus tard, cette fois en proposant de payer plus cher.

Nous ne touchons pas à la structure du bâtiment : charpente, plancher porteur, escalier de copropriété, façade, ouverture dans un mur mitoyen. Cela demande un bureau d'études et une assurance que nous n'avons pas. Nous ne posons ni cuisines encastrées, ni placards sur mesure, ni dressings, ni bibliothèques murales fixées au bâti.

Tout ce que nous fabriquons est libre, démontable, transportable ; si vous cherchez un menuisier qui vient poser du sur-mesure dans une pièce, il faut chercher ailleurs. Nous n'appliquons ni pesticide, ni biocide, ni traitement anti-insectes.

Nous n'avons ni licence, ni adhésion à un ordre professionnel, ni inscription à un registre que nous pourrions citer. Une dernière chose, qui n'est pas une règle commerciale mais une façon de travailler : nous ne promettons jamais un délai court pour obtenir la commande. Si nous disons trois semaines, c'est trois semaines, ou nous vous appelons avant.

Ce qui reste ouvert

Le reste est vaste, et c'est là que nous servons à quelque chose : une porte ancienne qui ferme mal, un tiroir de commode qui ne coulisse plus, un cadre de miroir cassé, une boîte à bijoux à réparer, un chevalet de peintre, un banc d'entrée, une table basse, une étagère libre pour un couloir étroit.

Nous travaillons du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, le vendredi de 8h30 à 15h00. L'atelier se trouve au 96 quai de la Mairie, à Nîmes, et il n'y en a pas d'autre. Le téléphone est le 04 20 84 73 51, le courriel [email protected], le site sirkeerhubio.click.

Camille Simon tient l'administration depuis 1998, année d'ouverture de l'atelier. Elle vous le dira sans détour : la moitié des appels que nous recevons concernent des travaux que nous ne faisons pas.