Un rabot acheté en 1998
Tout commence par une bibliothèque que personne ne voulait prendre.
En 1998, Camille Vincent travaillait dans un garage du chemin de Sauveplane, à deux pas du stade des Costières, et bricolait le soir sur un établi de récupération, entre une scie circulaire d'occasion et un étau rouillé ; une voisine du quartier Pissevin lui a demandé des rayonnages pour sa cave, puis une autre, puis la boulangerie du coin a commandé un comptoir en chêne, et le bouche-à-oreille a fait le reste sans qu'aucune annonce soit jamais publiée. Six mois plus tard, le local du 96 quai de la Mairie se libérait, entre le canal et la rue Nationale. Ancien dépôt de pièces détachées, sol en béton, trois mètres sous plafond, une porte assez large pour faire passer un panneau de 2,50 mètres. La machine à bois est arrivée avant le bureau.
Nathalie Dubois chiffre les devis depuis 2003. Camille Simon tient l'administration depuis 2009, Julien Martin répond au téléphone depuis 2016, et personne d'autre ne travaille ici.
L'activité s'est construite sur une règle simple, née d'un refus. La première année, un client du Mas de Mingue a demandé une cuisine complète à poser entre le mur, le carrelage et la plomberie.
Camille Vincent a refusé. Il n'avait pas les compétences pour toucher à l'installation d'eau, il ne voulait pas percer une cloison porteuse, et il savait que le résultat se jouerait sur cinq corps de métier qu'il ne maîtrisait pas. Le client est parti. Il est revenu deux ans plus tard pour la desserte qu'il avait fini par accepter, avec six tabourets et un banc assorti, parce qu'un meuble libre tient debout tout seul et ne dépend d'aucun autre chantier pour être posé, réglé puis livré chez son propriétaire.
Ce que l'atelier ne touche pas
Le catalogue s'arrête net sur plusieurs fronts. L'atelier travaille le bois, le contreplaqué, le médium et le stratifié, sur des pièces qui se posent au sol, s'appuient contre un mur, s'accrochent à un rail ou se posent sur un meuble existant. Il ne fait pas d'installation encastrée, pas de cuisine posée, pas de dressing sur mesure fixé au bâti, pas de parquet collé en plein. La raison n'a rien d'idéologique : un meuble libre peut sortir de l'atelier terminé, être réglé, repris, livré sans qu'un autre corps de métier dépende de nous.
Les véhicules ne rentrent pas non plus. Ni banquette de camion, ni garniture de bateau, ni sellerie, ni réparation de carrosserie en bois. Aucun circuit électrique raccordé au secteur, aucune mise en conformité de tableau, aucun dépannage de machine à bois sur site. Aucun circuit frigorifique, ni chambre froide, ni climatisation, ni vitrine réfrigérée. Pour tout ce qui touche la structure d'un bâtiment, une ouverture dans un mur, une charpente, une toiture, une dalle, l'atelier renvoie vers un artisan qualifié et le dit au premier appel ; il n'applique par ailleurs aucun produit phytosanitaire, aucun biocide, aucun traitement insecticide par pulvérisation, ni chez un client ni dans son propre local.
La troisième limite concerne les promesses. Sirkeerhubio ne délivre aucune certification, n'est inscrit à aucun ordre professionnel, ne détient aucune licence, aucune garantie de résultat, et ne place personne. Ce n'est pas une pudeur commerciale, c'est la réalité administrative de la maison.
Il reste beaucoup à faire avec ces limites. Une bibliothèque de 3,40 mètres pour un appartement de la rue de la République, un meuble télé à deux caissons pour un pavillon de la route de Générac, des caisses à outils pour un maraîcher de Milhaud, vingt-quatre cadres pour l'accrochage d'une association de la rue Clérisseau. Ces commandes représentent l'essentiel des journées.
Trois personnes, quatre noms
Nathalie Dubois chiffre les projets et envoie les devis ; elle demande toujours les dimensions relevées au sol, la hauteur sous plafond, la largeur des passages et une photographie de l'espace, parce qu'un meuble livré trop large pour un escalier de la rue Auguste, cela arrive une fois, pas deux, et qu'un pilastre de quatre centimètres a déjà coûté trois semaines à un client pressé.
Camille Simon tient les factures, les relances et les plannings de livraison, en lien avec la zone d'activité de Grézan et les deux transporteurs qui desservent Nîmes, Marguerittes et Beaucaire. Julien Martin répond au téléphone et accueille au 96 quai de la Mairie.
Camille Vincent est à l'établi. Scie sous table, dégauchisseuse, rabot, ponceuse à bande. La finition se fait souvent à l'huile dure plutôt qu'au vernis brillant.
L'atelier est ouvert du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, le vendredi de 8h30 à 15h00, fermé le week-end. La coupure du midi n'existe pas : on mange sur place, entre deux collages. Le numéro de téléphone est le 04 20 84 73 51, l'adresse électronique est [email protected], et le site est sirkeerhubio.click.
La clientèle vient des quartiers alentour, de la gare, du lycée Daudet, des halles, et d'un rayon d'une trentaine de kilomètres : Marguerittes, Bouillargues, Caissargues, Milhaud, Bezouce, parfois plus loin vers Uzès. Elle est faite de particuliers, d'associations, de deux crèches, d'un coiffeur et d'un caviste. Presque personne n'arrive par une publicité. On arrive par un voisin, par un ancien client, par un menuisier qui ne prend pas le travail.
Restaurer sans effacer
La restauration tient une place à part, avec des meubles, des portes de placard, des cadres, des malles et de petits meubles de famille parfois très abîmés, souvent hérités d'une maison de Sommières ou de Saint-Hippolyte-du-Fort, que l'on stabilise, que l'on recolle, dont on remplace un morceau manquant par un bois de même essence avant de nourrir la surface sans la teinter fortement.
Un piètement vermoulu ne se sauve pas toujours.
L'atelier le dit avant de commencer, avec un devis écrit, et il arrive qu'il conseille de ne rien faire plutôt que de consolider un assemblage qui lâchera dans trois ans ; cette franchise a coûté quelques commandes, elle a aussi ramené des clients dix ans plus tard avec une commode de grand-mère et aucune urgence.
Le bois vient de deux scieries du Gard et d'un revendeur de panneaux de Nîmes. Les chutes repartent en caisses, en cales, en petits objets, ou finissent dans un poêle à bois chez un voisin de la rue Richelieu. Depuis 1998, l'atelier a produit des centaines de meubles et en a restauré presque autant, sans jamais quitter ce quai ni changer de métier, ce qui explique aussi pourquoi les délais annoncés restent ce qu'ils sont : une seule équipe, une seule machine à bois, une seule adresse.
Prendre contact reste simple. Un appel au 04 20 84 73 51 pendant les heures d'ouverture, un courriel à [email protected], ou un passage au 96 quai de la Mairie avec des mesures prises à la maison. Une réponse arrive en général sous deux jours ouvrés, et le délai de fabrication dépend de la saison et de l'encombrement de l'atelier.