Deux heures et demie devant le portail

À 7 h 05, ils étaient vingt-deux. À 8 h 40, la police municipale en comptait trente-quatre, assis sur la chaussée : onze retraités du quartier, six commerçants de l'avenue Jean-Jaurès, et deux femmes tenant une banderole devant le portail numéro 12 de l'institut Saint-Baudile, qui réclamait en cinq mots — plus aucun camion avant 9 heures — ce que le reste du groupe répétait à voix basse depuis le début de la matinée.

Le chantier de l'aile nord doit durer jusqu'en mars 2027. Les livraisons commencent chaque matin à 6 h 45.

La circulation a été détournée par la rue du Cirque-Romain pendant deux heures et demie. Trois bus de la ligne T1 ont pris du retard, dont un de dix-neuf minutes selon un agent de contrôle interrogé sur place. « On n'a rien contre l'institut, on a quelque chose contre l'heure », résume Martine Cabanel, 68 ans, qui habite au 14 depuis 1991. Elle dit avoir rempli onze signalements depuis avril. Aucun, selon elle, n'a reçu de réponse écrite. Elle en parle sans élever la voix, comme on énumère des courses.

Deux heures et demie devant le portail

Ce que les habitants disent subir

Le grief tient en trois lignes : bruit, poussière, accès. Les bennes de gravats sont vidées entre 6 h 45 et 7 h 30, avant l'ouverture des commerces, et les fenêtres du premier étage du 10 rue de la Faïence donnent directement sur la cour de livraison, à onze mètres du quai de déchargement.

Nadia Berthier tient une boutique de tissus au 22 avenue Jean-Jaurès. Elle a installé un capteur de bruit à 340 euros en juin. Elle garde les relevés dans un classeur à spirale. 78 décibels à 7 h 02 le 12 septembre. 81 décibels à 6 h 58 le 23 septembre. 74 décibels le 28 septembre à 7 h 11. La réglementation municipale fixe la limite à 65 décibels en zone résidentielle avant 8 heures, ce qu'elle répète à qui veut l'entendre depuis le début du mois, relevés en main, sans jamais hausser le ton.

Un père de famille du 8 rue de la Faïence, qui n'a pas voulu donner son nom, raconte que son fils de six ans se réveille avec les camions. Il a déposé une main courante au commissariat de la rue Jean-Robert le 4 septembre.

Son voisin du dessous a acheté des bouchons d'oreille pour quatre personnes. Le pire, selon plusieurs habitants, n'est pas le bruit mais la poussière blanche qui se dépose sur les voitures et les rebords de fenêtres. Un commerce de la rue a fait nettoyer sa vitrine deux fois par semaine pendant tout l'été, pour un coût qu'il évalue à 480 euros sur trois mois.

La direction répond point par point

Camille Simon, chargée de l'administration à l'institut, assure que l'établissement n'a jamais cherché à ignorer les plaintes. Le chantier a été décalé d'un mois, en avril, pour éviter la période des examens. Les livraisons sont passées de six à quatre par semaine depuis le 15 septembre.

« Nous avons proposé de déplacer le quai de déchargement côté nord, mais cela supposait de couper l'accès pompiers pendant six semaines, ce que la commission de sécurité a refusé », explique-t-elle dans le hall de l'institut, mardi matin, un plan du site posé sur le comptoir.

L'institut a fait installer un brise-vent et deux panneaux acoustiques en juillet, pour 11 400 euros. Ces équipements ont abaissé le niveau sonore de sept décibels selon les mesures internes. Ils agissent sur la façade est. Pas sur la rue de la Faïence.

Julien Martin, à l'accueil, reçoit les plaintes depuis mars. Il en a compté cinquante-huit : trente et une sur les livraisons, dix-neuf sur la poussière, huit sur le stationnement des engins trottoir de la rue Vincent-Faïta. Il note tout dans un cahier, colonne par colonne, et reconnaît que la colonne du mercredi est toujours la plus remplie.

Ce que la mairie peut réellement faire

Le dossier est suivi par le service environnement de la mairie de Nîmes, rue Guessard. Un agent s'est rendu sur place le 22 septembre à 7 h 15. Il a relevé un dépassement sonore de neuf décibels à l'angle de la rue de la Faïence et de la rue Vincent-Faïta.

La procédure est longue. Une mise en demeure peut être adressée à l'exploitant. Elle doit d'abord passer par une phase de conciliation, qui prend en général entre six et dix semaines. Bernard Lacroix, adjoint au quartier, confirme que le sujet sera inscrit à l'ordre du jour du conseil de quartier du 19 novembre, salle Bertrand, à 18 h 30.

« On ne peut pas suspendre un chantier parce que des camions arrivent trop tôt. On peut fixer des horaires, et c'est ce que nous allons proposer », dit-il. Il évoque une fourchette de livraisons entre 9 heures et 16 heures à partir du 1er décembre, si l'institut accepte.

Les habitants demandent davantage : une étude acoustique indépendante, financée à parts égales par la mairie et l'institut, et un point d'étape tous les deux mois jusqu'à la fin du chantier. Une pétition de 412 signatures a été déposée le 29 septembre au secrétariat de la mairie annexe, rue Clérisseau.

Un quartier qui n'en est pas à son premier bras de fer

La rue de la Faïence a déjà connu un conflit de voisinage en 2021, quand un restaurant de la place de la Maison-Carrée avait installé une terrasse sans autorisation. L'affaire s'était réglée en cinq mois, après deux réunions publiques. Deux des habitants présents jeudi matin étaient déjà de ce combat-là.

Ce qui change, cette fois, c'est l'organisation. Les riverains ont créé un groupe de discussion au début du mois de septembre. Ils se réunissent chaque mardi à 19 h au café du 42 avenue Jean-Jaurès.

Ils ont nommé trois référents : Martine Cabanel pour le bruit, Nadia Berthier pour les commerces, un retraité du 16 rue de la Faïence pour le suivi des courriers. Le calendrier joue contre eux. Le chantier doit s'achever en mars 2027. Les travaux les plus lourds, notamment la démolition de la dalle arrière, sont prévus entre novembre et janvier, précisément la période où les fenêtres restent fermées, ce qui devrait en théorie limiter la gêne sonore à l'intérieur des logements.

Personne, dans la rue, ne croit à cette embellie. « Fermer les fenêtres, ça règle le bruit, pas la poussière », tranche un habitant du 12, qui a posé des joints neufs sur ses menuiseries en août, pour 260 euros.

Les prochaines étapes

Une réunion entre la direction de l'institut, le service environnement de la mairie et trois représentants des riverains est prévue le 14 octobre à 14 h, dans les locaux de la mairie annexe. Aucune date de fin n'a été annoncée.

Nathalie Dubois, qui suit les dossiers de devis à l'atelier Sirkeerhubio, 96 quai de la Mairie, observe le dossier de loin. Elle habite le quartier depuis 2009. Elle ne participe pas aux réunions. Elle a signé la pétition. « Je ne suis pas la plus gênée, mes fenêtres donnent sur la cour », dit-elle, avant d'ajouter que d'autres, au premier étage, le sont beaucoup plus.

Le conseil de quartier du 19 novembre devrait permettre de trancher sur l'étude acoustique. Si elle est validée, les mesures commenceraient en janvier, en pleine phase de démolition. Les résultats ne seraient pas connus avant le printemps 2027, soit après la fin du chantier. C'est le paradoxe que relèvent plusieurs riverains : quand les chiffres arriveront, les camions seront peut-être déjà repartis.

Reste la pétition, les relevés de Nadia Berthier, et un portail numéro 12 devant lequel personne, jeudi matin, n'a voulu s'asseoir deux fois.