Ce qui reste sur le trottoir

Le tas mesurait environ deux mètres cubes, mêlant feuilles sèches, petits branchages et quelques sacs de déchets verts mal fermés. Devant le numéro 47, une poussette a dû descendre sur la chaussée pour contourner l'obstacle, à l'heure où les voitures remontent vers le boulevard Gambetta.

Nathalie Raynaud, qui habite au 52 depuis onze ans, a photographié l'amas le 16 août à 7h15. Elle explique avoir appelé la mairie le lendemain matin, puis avoir attendu sans nouvelle jusqu'au passage de l'équipe municipale, mercredi, peu avant 10h.

Le même scénario s'était produit en août 2025, à quelques dizaines de mètres de là, côté square Antonin. « On nous dit chaque année que le calendrier va changer, et chaque année on retrouve les mêmes branches au même endroit », résume-t-elle.

Ce qui reste sur le trottoir

Un calendrier qui glisse

Le dispositif existe pourtant. La Ville de Nîmes publie chaque printemps une tournée de broyage des déchets verts par quartier, avec des dates arrêtées par secteur. Pour le secteur Lampèze-Montcalm, la collecte dédiée était annoncée le 4 août cette année.

Le 4 août, une partie des habitants était encore en vacances, ou n'avait pas taillé ses haies. Les coupes se sont donc étalées sur trois semaines, débordant largement la fenêtre prévue. Les agents repassent ensuite au cas par cas, sans tournée supplémentaire programmée avant octobre.

Camille Simon, qui suit l'administration du dossier chez Sirkeerhubio, relève que la demande de passage supplémentaire doit être formulée par au moins trois foyers de la même rue. « La règle n'est pas écrite noir sur blanc, mais c'est ce qui déclenche un deuxième tour », précise-t-elle, citant un courrier de la direction de la propreté daté du 22 juillet.

Trois rues, un même angle mort

Le problème ne se limite pas à la Lampèze. Rue Fénelon, un amas comparable est resté du 9 au 14 août au coin de la rue du Mail. Avenue de la Bouvine, côté nord, deux tas ont été signalés les 11 et 12 août, dont un devant une école, ce qui a provoqué la venue d'une équipe dès le lendemain grâce à un signalement groupé.

Rue Fénelon, personne n'a coordonné la demande. Résultat, l'attente a duré cinq jours de plus que dans l'avenue voisine. La différence ne tient ni au ton des courriers ni à la taille des tas, mais au nombre de personnes qui appellent la même semaine.

Julien Martin, à l'accueil, note que les appels de ce type représentent environ sept à huit demandes par jour entre le 1er et le 25 août, contre une ou deux en mai. Il conseille de fournir la hauteur approximative du dépôt et le numéro de rue le plus proche.

Ce que ça change au quotidien

Pour les habitants, la gêne se mesure en gestes. Une mère de deux enfants du 41 raconte qu'elle a porté sa fille de quatre ans sur dix mètres pour éviter les ronces sèches, la poussette ne passant plus. Un commerçant de la rue, qui livre à vélo cargo, a modifié son itinéraire pendant six jours.

Les personnes âgées du secteur, plusieurs vivant seules au-dessus du 55, évitent carrément le trottoir et longent le mur côté impair. Le trottoir fait 1,20 mètre à cet endroit, contre 2,40 mètres à l'angle de la rue de la République.

Sirkeerhubio reçoit à l'atelier du 96 quai de la Mairie, à Nîmes, des demandes de remise en état de mobilier abîmé par l'humidité et les coups, jamais de travaux sur la voie publique. L'atelier travaille depuis 1998 et n'intervient ni sur les arbres ni sur les réseaux.

Ce qui reviendra l'an prochain

La tournée de broyage 2027 n'est pas encore publiée. Si le calendrier reste calé sur le début août, les mêmes rues connaîtront les mêmes dépôts, pour la même raison : les coupes des particuliers suivent la météo et les congés, pas les dates municipales.

Camille Vincent, chargée des travaux à l'atelier, résume la situation en une phrase, à propos des meubles qu'on lui apporte : « Un objet laissé dehors deux jours de trop, on le récupère ; laissé un mois, on le remplace. » Les branches, elles, ne se remplacent pas.